Voyage en Egypte
26 octobre -
1er novembre 2003



photos©vincent3m



retour voyages

Un jour d’avril 2003, en visite chez une amie. Jeannot, Jean Pradelles pour les intimes, est venu souper avec nous. Il a parlé de l’Egypte, du prochain voyage qu’il comptait organiser là-bas. "Un voyage où l'on abordera aussi la question de la juxtaposition des religions et de leurs croisements. Je sais que vous n'êtes pas  pratiquants mais promis, je ne vous embêterai pas avec ça !" Notre amie y était allée avec ses enfants, l’année d’avant. Elle avait particulièrement apprécié."Pas de soucis avec Jeannot, il ne m'a jamais cherchée sur ce terrain !"  « Et si on y allait ? » Plutôt athé et particulièrement anti-religion, le sujet m'intéressait malgré tout !

25 octobre 2003, Nous voilà dans le train pour Paris puis Roissy. Le vol est prévu à 23.50, il partira à 3h.00 ! Il faut que nous nous estimions heureux, certains autres vols pour Louxor sont annulés ! Carrément ! Nous, on a rien que de la chance puisqu’on part avec 3 heures de retard ! Tout le monde est content de s’endormir… mais, surprise, vers 5 heures du matin, les lumières s’allument, et la charmante voix d’une hôtesse un peu endormie annonce un « service ». De fait, un plateau-repas nous est servi : un petit déjeuner précoce ? Que nenni : riz chaud, poulet, fromage… Les lumières s’éteignent à nouveau dès que tout le monde a terminé !!!?  Lorsque la guide nous annoncera à l’arrivée que nous sommes au premier jour du Ramadan, alors tout s’expliquera : nous avons, dès le lever du jour, pris le dernier repas autorisé. Il faut, dès le départ, se mettre aux coutumes locales… et prendre le rythme du voyage : « hypercalorique » mais « hyposomniaque » !

Vous pouvez si vous le souhaitez, écouter de la musique pendant que vous parcourez le site... Les musiciens sont des nubiens qui travaillaient à bord du bateau.

 HABU -KARNAK -LOUXOR -KOM OMBO -EDFOU -ISIS et OSIRIS -

ASWAN - PHILAE - LAC NASSER-ABOU SIMBEL- LE CAIRE -

LES MONASTERES COPTES - L'ENSEIGNEMENT -  LE MUSEE DU CAIRE ET LES PYRAMIDES

dimanche 26 octobre

A sept heures, il fait quand même un peu chaud sur l’aéroport de Louxor, mais tout se passe comme sur des roulettes égyptiennes. La guide est là, Ola est son prénom, et elle nous amène jusqu’au bateau : le M/S « Beau Soleil », une sorte d'immeuble de luxe flottant sur le Nil..

Juste le temps de prendre possession de la cabine, de déjeuner rapidement et c’est parti pour la plus rapide et dense des journées de visite. A dix heures, nous sommes dans la Vallée des Rois, après un court trajet en bateau d’abord, pour traverser le Nil, puis en car . Tout le monde descend ! Il fait chaud, très chaud. Mais c’est beau, très beau. Le petit train a attaqué la pente sans sourciller. L’enchantement commence. La tombe de Ramsès III est superbe. Il n’y a pas le droit de prendre de photos. Même au flash. L’envie se fait pourtant pressante car ce qui s’offre sous nos yeux (qui n’ont pas encore vraiment atterri) est simplement extraordinaire. Quelques déclenchements pirates m’échappent, sans flash. Un seul survit !

Sur les 62 tombes, nous en visitons deux, déjà les noms se mélangent, Ramsès II, VI, IX, Septah, Thoutmosis… mais c’est très impressionnant de voir enfin ce que les livres nous étalent depuis tant de temps. Nous passons devant la tombe de Toutankhamon et nous apprenons que ce fut la dernière découverte et la seule qui n’avait « pratiquement » pas été pillée. En 1922, Carter, l’archéologue, voyait ses efforts récompensés et offrait à son mécène le plus beau des cadeaux du monde égyptien. Cette tombe est la plus petite de toutes. Etant mort après seulement 9 ans de règne, Toutankhamon n’a pas laissé à ses ouvrier le temps de fignoler sa dernière demeure. Il faut savoir que la tombe d’un pharaon était creusée dès le début de son règne, les travaux ne s’arrêtant qu’à sa mort. La tombe de Ramsès III qui a vécu jusqu’à plus de 90 ans est très longue. Celle de Toutankhamon est toute petite. Il a même fallu, paraît-il, emprunter des objets funéraires à son frère puisque le décès du jeune pharaon avait pris tout le monde de court !

En allant vers la vallée des Rois et la tombe de Ramose

Allez, il ne faut pas traîner, la tombe de Ramose, premier ministre d’Akhenaton, nous attend. Des enfants aussi nous attendent dès la descente du car. Guilhem est un peu impressionné par ces filles, ces garçons qui s’approchent et proposent différents objets, parfois de façon un peu « pressante » ! Le policier de service n’arrive pas à avoir l’air vraiment méchant lorsqu’il s’élance doucement vers eux pour les chasser ! Jeannot nous l’avait dit, et de fait, la tombe de Ramose est extraordinaire. Non pas en raison des sculptures, des colonnes etc.. mais tout simplement parce qu’elle offre une leçon d’arts plastiques antiques : des bas-reliefs en creux, d’autres en relief… Un quadrillage d’époque nous montre comment ils procédaient. Ce n’est pas grandiose mais on a l’impression que cela a été fait pour nous, la veille. En plus, nous sommes seuls. C’est rare, profitons-en ! L’état de conservation est encore une fois fabuleux. Ola nous raconte que Ramoz avait fait commencer cette tombe mais qu’il avait dû l’abandonner  en suivant « son » pharaon Akhenaton dans la ville du même nom. Akhénaton avait tenté de fonder une religion monothéiste vouée au dieu Aton. Bien sûr, les nombreux prêtres s’occupant des autres dieux se retrouvèrent au chômage et protestèrent. Akhénaton fut donc obligé de s’exiler et de fonder sa ville. Son vizir le suivit !

Plafond au temple de Habu

Avant de passer devant les colosses de Memnon, nous faisons une halte au temple de Habu, le temple funéraire de Ramsès III. De superbes scènes très explicites nous montrent les détails des cruautés des batailles de l’époque : on compte d’abord les ennemis tués en rapportant leurs mains coupées. "Fatiha" nous raconte que ce n’était pas juste puisqu’on pouvait couper les mains des femmes, et des hommes, innocents. On coupa alors les oreilles mais le problème demeurait. Alors, pour être sûr de n’avoir que des « trophées » masculins, les soldats coupèrent alors les parties génitales de leurs ennemis. Il n’y avait plus de doute sur le sexe des victimes. Quant à leur culpabilité… ?!

Allez va, il faut reprendre le petit bateau, en essayant d’ignorer les enfants qui se bagarrent pour nous aider à monter sur la passerelle sous l’œil impassible des uniformes défraîchis de la police touristique. L’hôtel Méridien offre un buffet agréable mais surtout une superbe piscine pour Guilhem, le fiston. Je m’installe dans une chaise longue pour le surveiller du coin de l’œil mais rapidement celui-ci se ferme et …….. Allez, c’est l’heure de reprendre le car pour aller visiter le temple de Karnak. Oserais-je dire, le « choc » de Karnak ? C’est incroyablement impressionnant. Le dédale de la salle hypostyle est magique avec ses 134 colonnes de 10 mètres de diamètre, plus de 20 mètres de haut et toutes sculptées, ornées…. Je suis sorti de là un peu sonné, je l’avoue, par tant de finesse dans le gigantisme.

 KARNAK (Nord de Louxor) : 





   

LOUXOR

 Suit une visite éclair aux Franciscains du coin. Juste avant d’arriver à la porte du couvent, l’appel à la rupture du jeûne retentit en même temps qu’un énorme coup de canon qui nous fait tous sauter sur place. Pendant que certains se recueillent à la messe, nous partons prendre un verre en médina. Tout est calme, tout le monde mange. Les rues sont quasiment désertes.

Au moment de payer, le patron nous annonce un prix en livres égyptiennes. Nous n’avons rien d’autre que des euros. Il me demande le taux de change, et me fait confiance. Du coup, nous allons chez le premier changeur prendre possession de quelques livres et nous dirigeons vers le temple de Louxor « by night ». En ces jours de Ramadan, beaucoup de monuments sont illuminés : les minarets, les temples et même… les commissariats !

Un vélo (c’est rare) devant le commissariat illuminé.

Lorsqu’on arrive au temple, il faut bien évidemment reconnaître que lui aussi est très impressionnant. La magie du lieu est rehaussée par la nuit, par les éclairages qui donnent un relief différent à toutes les statues, à tous les détails. Entre deux piliers somptueux, on aperçoit aussi l’enseigne d’un MacDo ! Eh oui ! (voir plus bas)

                       

 

Par ailleurs, c’est étrange, cette impression d’être dans un site extraordinaire et en même temps avoir l’impression de l’avoir déjà vu mille fois dans des livres. Heureusement qu’un petit effort de concentration permet de resituer le tout dans son contexte et de se refaire tout petit !

          

Ce n’est pas pour autant que la journée est terminée. Il faut maintenant rejoindre le bateau qui se trouve 50 km plus au sud, en position d’attente pour le passage très convoité de l’écluse d’Esna. (Il faut savoir qu’il y a environ 400 bateaux comme le nôtre sur le Nil. Dans le tas, il y en a toujours beaucoup qui veulent passer l’écluse en même temps, d’autant que celle-ci est actuellement en travaux et que seuls, deux bateaux peuvent passer ensemble !

Sous bonne escorte policière, nous parcourons les kilomètres et patientons une trentaine de minutes devant le pont, ouvert pour les bateaux. Quelques passagers du bus tentent de mettre un peu d’ambiance avec des chansons religieuses sans vraiment déclencher l’enthousiasme. D’autres chansons y arrivent comme « Hisse et Ho, Santiago »… ! 

Guilhem et Alexandra, la fille de la guide, mettent de l’ambiance aussi et en profitent pour faire plus ample connaissance. Mais bientôt, nous regagnons, toujours encadrés par la police, notre « Beau Soleil » à la lueur d’un projecteur. La scène fait plus penser à un groupe de réfugiés, trébuchant sur les cailloux, glissant dans les trous de la dune, se dirigeant sous les fusils vers la frontière… la frontière entre la terre aride et le bateau à riches.

Le personnel du bateau a plié nos serviettes en forme de cygne. Tous les jours, le pliage sera différent  ! C’est touchant, même si nous savons que nous sommes les dix millièmes clients à qui ils le font ! 

Le lendemain, lundi 27 octobre semble très calme par rapport à la course de la veille.


Le bateau a enfin passé l’écluse et le pont. Une partie de la matinée voit le Nil s’écouler, piscine et ornitho, luxe, calme…. Les oiseaux sont beaux : martins-pêcheurs pie, hérons cendrés, guêpiers d’Orient, et bien sûr, des aigrettes garzettes en pagaille. Je verrai même un peu plus tard, une poule sultane. Pendant ce temps, Guilhem et Alexandra en profitent sur le pont supérieur 

C’est impressionnant (encore !) d’être sur le Nil : Guilhem le dira très bien au bilan, à la fin du séjour :  « Il y a un ruban  vert, et, tout de suite après, il y a le désert. »

Le Nil est un fleuve et sert donc, au transport; à la pêche, au pompage. Nous verrons même un terrain de foot improvisé sur une île minuscule !

                       
 Arrivés à Edfou , en calèche, nous nous dirigeons vers le temple dédié à Horus, le dieu à tête de faucon. Bien sûr ; la police touristique est toujours sur le qui-vive. Le temple d’Edfou est un des rares temples encore couvert. 


Plus on Edfou ...!!!


Le toit du temple a résisté au poids des ans et des pillards ! Malgré l’heure (11 h00), il ne fait pas très chaud et, comme tous les touristes sont en train de manger, nous sommes, encore, les seuls dans l’enceinte du temple. Le calme est extraordinaire. Les statues sont magnifiques et je craque pour celle d’Horus le faucon. A l’intérieur, les toits sont parfaitement conservés et les bas-reliefs sont extraordinaires de sensualité. Les représentations de la haute et la basse Egypte s’occupant du pharaon sont superbes.



Anubis
Le Pharaon Ptolémée VIII
porte la double couronne (pschent)
formée de la couronne de la basse Egypte
(sorte de panier porté par
Ouadjet la déesse  - à gauche- )
 et de la couronne de la Haute-Egypte
,(pointue) portée par
Nekhbet  à droite.


                   Ola commence alors la légende d’Isis et Osiris , légende qui passionne bientôt petits et grands. 

Isis et Osiris étaient d’une même fratrie ainsi que Seth et Nephti. Cela ne les empêcha pas de se marier.
Après tout, entre dieux, tout est permis !! Isis et Osiris étaient sans doute jeunes, beaux et intelligents tandis que Seth était peut-être… jaloux ! De toutes manières, il devait jouer le rôle du méchant. Il décida donc de tuer son frère et rival Osiris. La première tentative échoua. Il avait enfermé Osiris dans un sarcophage et avait lancé le tout dans le Nil. Malheureusement, (qu’il est difficile de s’occire entre dieux !!!), Isis réussit à le ranimer en volant (avec de vraies ailes) à son secours. La deuxième tentative fut plus radicale. Seth découpa Osiris en 14 morceaux. Isis, cette fois eut plus de mal à récupérer son « frère, dieu, mari ».  D’ailleurs, elle ne reprit que 13 morceaux. Le quatorzième (devinez lequel !??) fut dégusté par un poisson. C’est d’ailleurs de là que vient la naturelle fertilité du Nil ! Eh oui ! Cela n’empêcha pas Isis et Osiris d’avoir un heureux bébé qui ne fut autre que… Horus, lequel, plus tard, mourut puis ressuscita !  L’histoire est peut-être originale mais elle fut terriblement plagiée ! Eh oui, rappelez-vous ! Cela ne vous dit rien ? Un homme et une femme qui ont un enfant sans que celui-ci ait été vraiment conçu, sans non plus qu’il naisse de sa mère, et qui meurt, puis ressuscite ! Bizarre, mais moi, ça me rappelle drôlement quelque chose ! Et dire que quand j’étais chez les curés, on me faisait croire que c’était la seule, la véritable histoire de « dieu » ! Evidemment, cela me fait un drôle d’effet et je ne suis pas le seul. Le fonctionnaire de service dans un coin du temple semble lui aussi, complètement abasourdi par cette révélation ! Mais je ne me moque pas, il fait quand même un peu chaud et n'oublions pas que nous sommes en plein Ramadan ! Les nuits sont courtes et la fatigue évidente !

            

 

Pour se remettre de tant d’émotions, nous avons droit à une après-midi, lente et agréable comme une berceuse aquatique dédiée aux couleurs du Nil, aux oiseaux du Nil, échasses, hirondelles de fenêtre égyptiennes (à poitrine rouge), et aussi aux gens du Nil que l’on croise, sur les berges, sur l’eau, dans les champs ! Bientôt, car la nuit tombe vite en Octobre en Egypte, c’est le coucher du soleil ! Les appels à la prière retentissent plus ou moins fort. Du pont du bateau, on aperçoit les gens, les paysans surtout qui quittent leurs champs, et se dirigent vers les maisons où sans doute les attend la « Harira ». Je ne sais pas si le menu est le même qu’au Maroc lorsque le jeûne est rompu, mais l’odeur de la harira, cette soupe épaisse, tellement parfumée, me revient en même temps que l’appel des muezzin ! Il est encore tôt, 17h20, et un spectacle fabuleux nous attend avant le souper !

  encore un peu de musique ? (musique fréquemment saturée à l'origine)

                                                                        

Une soirée déguisée permet aux marchands du bateau de faire un certain chiffre d’affaires, mais les djellabas ne sont "pas chères" (pour nous ! mais elles paraîtraient certainement hors de prix à des autochtones) et elles nous rendront bien service par leur confort une fois les beaux jours revenus ! Guilhem inaugure la sienne et, avec Alexandra, ils posent en haut des marches ! En revenant dans la chambre, nous avons une nouvelle surprise : les serviettes de toilettes se sont transformées en Père Noël à lunettes et casquette ! Le personnel est très attentionné. Que ce soit pour le service des chambres ou le restaurant, il sont parfaits. Un peu pressés parfois (gare à celui qui se lève momentanément sans faire garder son assiette ou son verre !) mais toujours très sympas et même parfois franchement rigolos. Ah bien sûr, ils ne comprennent pas tous le français !Cela met hors de lui un homme de notre groupe qui adresse un colérique et méprisant : «Toi compris ? » à un serveur plus anglophone que francophone. Ce « petit colon » ira sans doute l’âme sereine à la "célébration" qui se tient je crois presque tous les soirs dans la cabine de Jeannot … !!! Pour l’instant, une surprise attend Jeff et Nathalie : Ola a signalé à l’équipage qu’ils étaient en voyage de noces. Un groupe de serveurs déboule au dessert en costume traditionnel et en musique avec un énorme gâteau « Bon voyage de noces ». 

 

Mardi matin, 28 octobre, ...

...le réveil sonne évidemment tôt puisque le temple de Kom Ombo nous attend. (Au passage, certains se risquent à un parallèle entre l’égyptien et l’occitan, puisque Kom veut dire « colline » un peu comme « la coume » en occitan !?)

Nous faisons une visite magnifique de ce temple où nous découvrons l’importance des crocodiles, de l’œil d’Horus -qui fut cassé lui aussi comme le corps de son père (« prenez et mangez car ceci est… » !) et qui symbolisa les fractions.1/2 pour le centre, ¼ pour la partie droite de l’œil, 1/8 pour le sourcil, 1/16 pour la partie gauche de l’œil, 1/32 pour la boucle en dessous à droite et 1/64 pour la larme en dessous ! 

l'oeil d'Horus est une leçon de fraction






momies de crocodiles du Nil


On a parfois tendance à oublier la beauté des sites parce qu’ils deviennent un peu « communs », un peu répétitifs mais dès qu’on se dit qu’on n’est pas dans un livre, qu’on est là pour de vrai, alors la magie reprend le dessus et le spectacle est à nouveau complet. 

Celui des touristes, tournant, virant, stoppant le plus souvent dans le champ de l’appareil photo du voisin. Celui des guides levant bien haut leur étendard pour ne pas perdre leur troupe. Et puis celui des vestiges bien sûr. Lorsqu’en Europe, nous découvrons une poterie, un bijou, une pièce, c’est extraordinaire. Ici, l’échelle n’est plus mesurable. Le gigantisme est monnaie courante.

Au hasard d’une « explication », Ola aborde la question du rapprochement entre « Isis » et la Vierge Marie. Dans certains temples, envahis plus tard par les chrétiens, il semblerait que ce soit évident. Certains mettent en avant les points communs entre Horus et Jesus. Comme quoi la continuité fait loi … et  foi bien sûr ! « A chacun sa croyance», évidemment… mais il apparaît que nous n’avons pas bénéficié, dans les histoires de notre enfance, de tous les détails historiques… ! Des impasses ont été faites. Des oublis ont été « commis »… « On nous cache tout, on nous dit rien... »

Un mur de la ferme "modèle" reconstituée

Peu importe finalement puisqu’on se laisse facilement bercer par un passé qui doucement envahit nos toutes petites certitudes historiques, enjolivées qu’elles furent par des curés incultes, ou  maladroits……ou fanatiques !? Toutes ces questions me trottent dans la tête à la sortie du temple, mais les boutiques, leur calme, leurs couleurs ont tôt fait de me ramener sur terre. Il y a même, à deux pas, un jardin, avec une ferme étrange, apparemment une reconstitution, mais très proche de la réalité !

En revenant au bateau, des questions en pagaille font leur chemin. Pourtant, qui sommes-nous ici ? Des visiteurs éphémères ? Des touristes pourvoyeurs d’argent frais ? Des curieux innocents ? Des amateurs de dépaysement ? Des « mateurs » de misère ?


Un peu plus tard, Ola répond à des questions, d’autres questions, sur l’Egypte d’aujourd’hui, dans un des salons du « Beau Soleil »


«C’est vrai qu’avec vous, je peux dire ce que je veux. Je suis libre. Mais si un policier, un officiel était dans la même salle, je ne pourrais pas dire la même chose…. Je crois que l’Egypte avance, mais à petits pas…Vous savez, pour l’opposition, il y a comme un jeu. Le gouvernement leur dit : « Vous avez le droit de parler mais vous savez jusqu’où vous pouvez aller ! Au-delà ???!!!. La liberté de parole existe bien sûr, mais…une loi est passée pour protéger le Président et sa famille de tout… « ragot » ! L’opposition existe oui mais…C’est très difficile avec un pays comme l’Egypte où deux
mondes se côtoient. Il y a le Moyen-Age et il y a le monde … comme en Europe ! »  
 

Effectivement, comme au Maroc et très certainement comme dans beaucoup  de pays  « en voie de développement », les deux mondes (traditionnel et moderne) se croisent en permanence.

Un peu plus tard, nous sommes invités à visiter la cabine de pilotage. Encore une fois, et il semble que ce soit fréquent en Egypte comme dans beaucoup d’autres pays, l’habit ne fait pas le moine. Le pilote-capitaine ressemble à un paysan désargenté et le matelot à un riche capitaine… ! Il y a 400 bateaux comme le nôtre sur le Nil. C’est beaucoup. Pourtant il n’y a pas d’accidents, ou presque pas. Il n’y a pas de radar à bord parce que cela ne servirait à rien. La navigation fluviale est très différente de la navigation en mer. Ici, il faut connaître le fleuve. C’est tout. Il faut bien sûr regarder si un autre bateau ne vous fonce pas dessus, si une barque n’est pas trop proche ! Heureusement, les barques ne naviguent pas la nuit ! Les bancs de sable eux oui ! Alors tous les pilotes se tiennent au courant par radio, du déplacement des bancs, de la profondeur de l’eau, de la météo… A propos de profondeur, nous apprenons que ces immeubles flottants ont un tirant d’eau de moins de deux mètres ! Comment tiennent-ils ? C’est un mystère !


Mais nous arrivons à Aswan (Assouan), 220 km ont été parcourus depuis Louxor, dans la partie la plus étroite du Nil (200 m.) -plus au nord, il fait quand même plus d’un kilomètre de large !

Nous faisons un petit tour rapide sur le barrage où nous découvrons l’énorme LAC NASSER    (500 km de long, 6000 km2 , la plus grande retenue d’eau artificielle du monde, la plus grosse évaporation du monde : 10 milliards de m3 annuels !).

Ola continue en insistant sur le nombre de bateaux en circulation sur le Nil. 400, c’est trop. Il va falloir diversifier les destinations proposées aux touristes pour dépasser le nombre (insuffisant à ses yeux) de 5 millions de personnes accueillies par an. Des publicités pour le Sinaï, la Mer Rouge, voient le jour. Moi, je me verrais bien revenir dans le désert !!! 


Nous revenons ensuite vers l’embarcadère où des bateaux conduisent les touristes vers le temple de Philae. En chemin, Ola nous parle des bienfaits du barrage. Il est vrai que grâce à lui, toute l’Egypte peut consommer de l’électricité. Il est vrai que les bateaux peuvent maintenant naviguer en toute sécurité sur le Nil grâce au barrage qui peut contrôler le niveau des eaux. Il est vrai aussi qu’il y a eu environ 30% de terres cultivées en plus, grâce au barrage. Mais il est certain que les habitants de la Nubie (inondée) ont dû quitter leurs terres et emménager dans des villages construits pour eux vers Louxor. Il est certain aussi que les alluvions qui enrichissaient la plaine du Nil sont maintenant bloquées en amont du barrage. En aval, il faut de plus en plus utiliser des fertilisants chimiques, l’érosion est énorme et les maladies prolifèrent tandis que le lac « s’ensable»… ! Enfin, il n’y a plus de crocodiles ni d’hippopotames dans la vallée du Nil. On peut s’y baigner en toute sécurité sauf que beaucoup vous le déconseillent car l’eau… ?!! Rien n’est simple ! (voir aussi le cours de Georges Mutin sur Internet ici)

Tout se complique lorsque nous nous dirigeons vers le temple de Philae , sur son îlot. Des bateaux par dizaines nous attendent, nous les touristes. Ceci dit, les bateliers sont très gentils même si le nôtre ne parle pas du tout.  Son moteur non plus. Le jeune s’y reprend à cinq ou six fois… et hop ! c’est parti ! En bateau pour Philae. Un oiseau me survole. Vite fait, mes jumelles. C’est bien un balbuzard pêcheur. Rapidement, il y en a deux autres.  Au retour, j’en verrai encore deux. C’est magique !

 Cela ne m’empêche pas de visiter le temple de Philae avec les yeux toujours aussi admiratifs. C’est ici (entre autres) que les chrétiens qui avaient dû s’installer dans le temple pour cause de persécution, ont « dévisagé » (piqueté) les visages des dieux. Ils n’y croyaient pas mais quand même, on ne sait jamais, c’étaient quand même des dieux alors, « on détruit mais pas trop, des fois que… ! » Etant dans la place, ils ont aussi déplacé certains monuments, donné à d’autres un usage différent de leur rôle d’origine. Certaines personnes dans le groupe s’offusquent. Je ne comprends pas bien pourquoi. Après tout, pourchassés, ils avaient trouvé refuge ici. Ils transformaient donc leur nouvel habitat selon leur mode de vie et leurs croyances. Rien que de très normal ! Tout le monde en a toujours fait autant. Bien sûr, quelques richesses ont dû disparaître mais c’est ça l’histoire non ?

 


Vers 16 heures, tous les visiteurs quittent le site à peu près en même temps et nous assistons à un superbe embouteillage de bateaux. Des cris bien sûr mais pas tant que ça. Tout se dissout finalement assez rapidement. On a l’impression que les bateaux vont se passer les uns sur lesautres, s’éventrer, s’empaler… et puis non, des mains les tirent, poussent, les font glisser en dehors de la nasse et ça repart vers le rivage ! C’est superbe, encore une fois !

D'ailleurs au passage, nous apprenons à lire le nom de Cléopâtre :








CLE-O - PA - TRE... évident non ?!

Le soir, alors que la perspective d’un lever très matinal me pousserait vers le lit, un spectacle nubien  m’attire vers le salon où j’enregistre quelques morceaux de musique. 

C’est gai, mais je souhaite dormir un peu. Malheureusement, la chambre est située à peu près au-dessus du salon et malgré les bouchons dans les oreilles, le sommeil n’arrive pas à facilement remporter le combat contre le bruit ! Aussi, à 2 h.45,mercredi 29 octobre le réveil est un peu difficile mais, tous les trois nous nous levons, allons vite fait boire quelque chose, prenons possession de nos « boites-déjeuner » et montons dans le bus, direction Abou-Simbel. A quatre heures, nous sommes toujours à Aswan. C’est le temps qu’il faut pour que le « convoi » se forme. Il est en effet interdit aux étrangers de circuler sans protection sur certaines routes en Egypte. Le convoi de quelques 30 bus, sera donc encadré par la police. La route est à nouveau ouverte depuis 2000.
Enfin, nous partons et pour la plupart, nous essayons de dormir. Pour Guilhem, c’est rapide. Trois ou quatre personnes parlent bien fort mais rapidement se calment alors dodo ! Oh, c’est un sommeil léger mais indispensable. De temps en temps, j’ouvre un œil et bientôt le soleil se lève. Nous avons quand même plus de 350 km à parcourir et le retour est prévu à 13 h00 ! De toutes façons, la route est quasiment rectiligne et la moyenne est proche de 100 km/h. D’autant qu’il nous est interdit de nous arrêter. Ceci dit, le chauffeur acceptera quand même une petite halte photo de quelques secondes.




  A propos du chauffeur, il roule très souvent à gauche. Revêtement ? Nostalgie de la colonisation britannique ? Préférence politique ? Je m’endors, me réveille. La boîte du petit déjeuner est ouverte, plus pour passer le temps que par faim mais c’est bon quand même. Une fois sûre que tout le monde est bien réveillé, Ola nous parle du projet Tochka.







Grâce aux pluies abondantes de ces dernières années, et grâce aussi à quelques investisseurs, le gouvernement égyptien a lancé un grand projet d’irrigation, dans le sud du pays. Le trop-plein d’eau du lac Nasser sera déversé dans un canal en direction du désert Libyque. De fait, en approchant d’Abou Simbel, nous voyons un canal bétonné, à peine rempli, lequel, paraît-il, atteint pour l’instant 60 km.








Abou Simbel
, c’est d’abord un site superbe, au bord du lac. Il y fait bon, il y a de l’air, des fleurs. Les marchands sont moins « accrochants » qu’ailleurs. Dès le départ, on ne regrette pas la courte nuit ! Et puis après, il y a LE temple de Ramsès II, fameux depuis qu’il a été « remonté » bien sûr, mais fameux aussi en raison de sa masse et de sa finesse.


C’est incroyablement beau et malgré ma « crainte » de la foule, nous n’en pouvons plus d’admirer ces sculptures extraordinaires de conservation et de beauté. D’autant que dès que l’on ressort, le temple dédiée à son épouse, Néfertari, est lui aussi tout en finesse. C’est le seul temple dédié à une épouse de pharaon. Celle-ci en plus y affirme son hostilité vis à vis de la guerre. Une inscription dans une fresque lui fait dire : « Non ! Pas de sang dans mon temple !" Alors que chez son mari, est célébrée la victoire de la bataille de Qadesh !

Bien sûr, il y a du monde, bien sûr il y fait chaud mais on a conscience que des images inoubliables se gravent. Une fois de retour en France, nous aurons la certitude d’avoir vécu des moments forts. D’ailleurs, « l’atterrissage » sera assez lent ! Nous aurons longtemps l’impression de « tanguer » sur le Nil !

Un sentier contourne les temples. Nous l’empruntons. Une trace grimpe vers le sommet. De là-haut, la vue doit être fantastique. Patatras, à peine ai-je fait 20 mètres qu’une douce voix « Monsieur ! Monsieur ! » émanant d’un uniforme blanc, me fait redescendre ! Oh ce n’était pas agressif non ! Tellement peu que j’ai failli continuer ! Mais bon, allez, inutile de braver la loi devant le fiston, je redescends en maugréant un peu parce que quand même, étant donnée la trace bien nette qu’il y avait, je n’étais sûrement pas le premier à le faire. Lorsque je rapporterai l’anecdote à Ola celle-ci me dira  que « les policiers ici n’aiment pas trop qu’on sorte des sentiers battus ! Et puis on ne peut pas savoir ! C’est Ramadan, alors peut-être qu’il avait faim, ou qu’il se disait qu’il y aurait peut-être une pièce à gagner ! »


 
La même un peu plus tard sur le trajet du retour après que le car eut été bloqué près d’une heure : « En plus des temples, vous avez eu droit à un spectacle folklorique de la police égyptienne ! » Elle se moque d’eux, pas méchamment, juste un peu caustique ! Cela dit, elle avait demandé à des membres du groupe de s’asseoir aux places de devant pour éviter qu’un policier ne s’invite dans notre bus. Du coup, puisque le policier a dû s’installer dans un autre bus, pas dupe, on ne pourra pas s’arrêter au retour, ni pour prendre du sable, ni pour photographier les mirages.


Policier en faction sur la route d'Abou Simbel à Aswan
Mirage sur la même route
(les dunes sont réelles mais semblent baigner dans l'eau).

Il nous faudra nous contenter des images prises en roulant ! Le policier n’a pas toujours été dans le bus derrière nous mais je soupçonne Ola de ne pas vouloir augmenter notre retard. Je note quand même que notre chauffeur roule toujours aussi souvent à gauche ! Il fait même la course avec un autre bus qui nous passe, nous repasse, parfois à droite. Ola expliquera que ce n’est pas du tout un jeu dangereux. C’est juste une combine entre chauffeurs pour se tenir éveillé !

Trois heures plus tard, nous sommes à nouveau sur le « MS Beausoleil » pour un ultime repas à son bord. Les valises sont prêtes mais nous avons effectivement pris du retard à Abou Simbel. Pendant que nous étions là-bas, le reste du groupe est allé visiter les frères Comboniens. Il nous faut maintenant foncer en felouque vers le monastère de St Siméon mais Jeannot s’angoisse et décide qu’un bateau à moteur est plus approprié à notre situation. Allez vogue vers le désert ! A peine démarré, nous voyons des petites barques grandes comme des Optimistes, manœuvrés par deux jeunes qui accostent les bateaux. Ils s’accrochent et pendant quelques minutes chantent des chansons françaises : « Chéri je t’aime » « Il était un petit navire » « Alouette »… moyennant quelques cadeaux !

Guilhem et Alexandra stoppent devant les dromadaires.Ola leur propose une balade mais Guilhem est un peu impressionné par la taille des bestiaux et me demande de grimper avec lui sur le dos de Zizou ! Ma foi ! Je ne suis jamais monté la-dessus ! En plus au lieu d’une « marche à pied dans le désert » comme annoncé dans le programme, il paraît que c’est un trajet d’à peine dix minutes jusqu’au monastère qui nous est proposé. Du coup, la promenade à dos de dromadaire tombe à pic. Décidément, il faudra revenir dans le désert pour y marcher plus longuement!

Une petite grimpette au sommet de la colline avec les deux enfants et le groupe revient du monastère. Nous avons le temps de faire le tour de l’île Eléphantine que Ola nous présente comme une île dont les rochers ont des formes éléphantesques. Certains guides osent insinuer que le nom proviendraient plutôt d’un passé peu glorieux où l’île étaient un haut lieu du trafic d’ivoire ! Toujours est-il que ce petit tour me permet de voir 2 vanneaux éperonnés, 2 hérons crabiers et bien sûr, quantité de hérons cendrés, aigrettes et autres oiseaux communs ! Impossible malheureusement de les photographier (notamment le vanneau éperonné) et allonger ainsi ma liste... 

Nous revenons chercher les dernières affaires au bateau puis allons rejoindre nos couchettes à la gare. Deux petits compartiments de deux couchettes qui communiquent par une porte et nous voilà bientôt installés dans un sleeping-car devant un solide repas tandis que le train roule vers Le Caire. Un peu plus de 12 h plus tard, nous y voilà. 


Jeudi 30 octobre. Un policier en civil nous attend à la gare. On distingue facilement qu’il est armé. Il nous suivra toute la journée. Un autre, tronche de barbouze en lunettes noires, est affalé dans le hall de l’hôtel Hilton Ramsès où nous séjournerons. Il a un gros P.M. sous la veste. Nous sommes dans un hôtel de luxe et à ce titre nous devons être protégés ! Pourquoi un tel hôtel ? Ola nous avouera que pour son premier voyage en tant que guide ET organisatrice, elle a tenu à marquer le coup !

Le Caire, 17 millions d’habitants (en 2003), une démographie galopante, une ville polluée, 
tentaculaire, qui s’étend tous les jours un peu plus sans aucune urbanisation. Le gouvernement est complètement dépassé. Les constructions illégales fleurissent sur les anciennes terres agricoles sans que personne ne dise rien. Il n’y a pas de solution ! La circulation est très dense, les piétons sont « joueurs » ou « kamikazes ». Il paraît que la construction du périphérique a considérablement amélioré le trafic automobile ! Qu’est-ce que cela devait être ? Encore une fois, ma quasi « répulsion » vis à vis des villes se trouve confortée !






Nous quittons Le Caire par l’autoroute. Des femmes traversent la tête surmontée d’une pile de linge, de nourriture, de pain. Nous allons au nord, vers le Ouadi el Natroum. (La « vallée du natron ». Le natron était autrefois utilisé pour la dessiccation des momies et sert maintenant dans l’industrie textile.) Ne connaissant absolument pas l’Egypte, il me semblait qu’en montant vers le nord, vers la Méditerranée, on quitterait le désert, et bien non ! Pas du tout ! Dès que l’on s’éloigne du Nil, au nord comme au sud, C’EST le désert ! Bien sûr, nous explique Ola, cela a beaucoup évolué depuis une trentaine d’années. Les gouvernements ont mis en place une politique de valorisation des terres mais c’est quand même le désert. Des terrains sont même donnés à des étudiants qui ont deux ans pour les « valoriser ». S’ils ne font rien pendant deux ans, ils doivent les rendre. S’ils réussissent à faire les aménagements concernant principalement l’irrigation, alors la terre leur appartient. D’autre part, les riches Cairotes désireux de quitter la ville, investissent dans la construction de grandes résidences collectives et gardées, avec villas et piscines. Enfin, toujours pour donner de l’air à la ville pieuvre, des villes nouvelles ont été créées mais il semblerait qu’elles n’offrent que peu d’attraits : ce ne sont que des villes dortoirs sans hôpitaux, sans grands commerces, sans emplois !

De temps en temps, on aperçoit les curieux pigeonniers de forme oblongue.

Il faut savoir que le gouvernement ne peut que vouloir agrandir le territoire habitable de l’Egypte puisque pour l’instant, 95% de la population occupent 5% du territoire et que la population augmente de presque 900.000 habitant par an (en 2003)! D’où les projets de peuplement du désert grâce à l’irrigation. Le but de cette journée est la visite de deux monastères coptes. Ce côté de la « bi-religion » des Egyptiens n’est pas ce que je connaissais le plus de ce pays ! Tout a l’air de bien se passer d’après ce que nous disent les guides. Pourtant, on peut percevoir des différences dans les statuts. J’ai lu dans certains guides que les coptes se sentaient rejetés, qu’ils n’avaient pas accès à tout. D’autres sources affirment que ce sont les coptes les plus entreprenants. D’après le « Géoguide » de 2003/2004, « Si les coptes sont traditionnellement bien représentés dans le secteur des professions libérales et parmi l’élite instruite du Caire… nombreux sont ceux qui appartiennent aux classes les plus pauvres. » En 2009, le gouvernement utilisera l'épidémie de "grippe porcine H1N1" pour procéder à l'abbattage semble-t-il injustifié, de milliers de porcs appartenant aux coptes qui se sont sentis, à juste titre, persécutés. Les coptes représentent 10% environ de la population et le Ouadi-el-Natroum est leur berceau depuis leur arrivée au IVe  siècle. Nous commençons par Deir El Baramous. 


Un grand gaillard costaud nous accueille dans un français extraordinaire et nous explique le monastère. Il semblerait que les vocations soient de plus en plus nombreuses chez les coptes. Dans le deuxième monastère, nous apprendrons que les moines ont un passé professionnel et qu’ils ne sont devenus moines qu’au milieu de leur vie pour la plupart. La proportion de professions libérales est bien supérieure à la moyenne nationale semble-t-il. C’est peut-être la raison pour laquelle les moines n’ont pas l’air malheureux à la tête de domaines souvent énormes qu’ils ont fait fructifier depuis une trentaine d’années. Notre moine-guide nous fait une petite leçon de vocabulaire en opposant le monachisme aux ermites et autres anachorètes. Bien sûr, il sourit quand on lui parle de la présence féminine dans les monastères mais reconnaît qu’il y a eu des moniales, ailleurs.





La passerelle (pont-levis) qui permettait aux moines de se retrancher dans leur grenier lors des attaques  dont ils étaient fréquemment victimes. 

Il nous explique aussi que les zélateurs qui s’occupent des « entrants » doivent bien faire attention à ne pas accepter d’individus pour qui ce serait par la suite trop dur. Une fois qu’ils sont entrés, c’est définitif. Ils perdent leur identité et leur vie précédente meurt. D’ailleurs, quand ils meurent vraiment, ils n’ont pas le droit à la cérémonie des morts puisqu’ils l’ont déjà eue ! Enfin, il nous explique le symbole de la cuculle, ce petit capuchon qu’ils ont sur la tête ! Il faut reconnaître que leur monastère est bien arrangé. Même si les bâtiments ne sont pas magnifiques, il y a malgré tout une impression certaine de tranquillité.

Bientôt, c’est l’heure du repas, dans un « Rest House », sous les parasols. Puis nous partons vers le plus ancien monastère de St Macaire (Deir Abou Maqar). C’est aussi un des plus grand. Il accueille 100 moines et …700 ouvriers ! 
Cette fois, le moine qui nous accueille ne maîtrise pas aussi bien le français et la troupe se dissipe. Jeannot, alors que le moine nous indique qu’il s’appelle Irèné, lui sort que Jésus aussi, s’appelait Irèné. La preuve, c’est que « Irèné, le divin enfant ! » Marie-Paule pique un fou-rire, Mireille et Guilhem aussi. Sans compter les plaisanteries douteuses concernant les reliques de St Jean Baptiste… ! Nous apprenons quand même que les anciennes cellules (deux pièces) ont été abandonnées il y a environ trente ans et que les nouvelles comptent 3 pièces plus un cabinet de toilettes ! C’est le luxe ! Il nous dit aussi qu’il y a trente ans, c’était le désert.. Et ça surprend effectivement car tout autour de nous, ce ne sont que des champs d’orangers, de palmiers-dattiers etc. Un chapelle commémore un épisode sanglant au cours duquel 49 moines furent massacrés par des Berbères venus de Lybie et d’Algérie au Ve siècle. A la sortie, nous avons droit à la dégustation de dattes et presque tout le groupe en achète une ou plusieurs boîtes, en euros, évidemment.

Le retour que j’espérais direct à l’hôtel, et à la piscine pour Guilhem, va malheureusement nous conduire (en passant juste devant l’hôtel !) chez les Jésuites ! Eh oui, le thème du voyage !!! Le bâtiment ressemble beaucoup à celui de St François Xavier de Vannes cher à mon père, et pas mal aussi à mon ancien collège-lycée St Stanislas à Nantes ! Un vieil homme finit par sortir du bâtiment dont les gardiens sont armés. A une personne qui le salue d’un « Bonjour Monsieur » tout à fait correct, il répond d’un air pincé : " Je suis jésuite ! On doit dire : « Bonjour mon père. »" Il faut sans doute excuser ce vieillard qui semble fatigué et pas vraiment ravi de nous voir. Il arrive quand même en se massant énergiquement les joues, à nous parler de façon très floue, des valeurs de l’enseignement chez les jésuites, de l’élite, et du bas du panier. « Oui, si vous voulez, nous choisissons nos élèves, ou plutôt ce sont eux qui nous choisissent. » Tu parles, à quatre mille livres égyptiennes l’année de scolarité quand un instituteur ne les gagne même pas, tout le monde effectivement n’a pas le choix.
Ce discours m’agace, ce monsieur aussi et j’ai trop fréquenté ce genre de bâtiments pour m'en rajouter un couche, surtout en Egypte. Je m’éloigne donc et regarde les militaires qui font leur prière dans l’enceinte du collège.

J'ai dit : "Derrière vous !"


Pendant le court trajet qui nous ramène à l’hôtel, Ola nous parlera un peu de l’enseignement en Egypte : « L’Education Nationale n’a rien, ne fait rien et ne sert à rien ! » Au moins c’est clair ! Il paraît que les salaires sont tellement faibles que les instits ne songent qu’à recruter des élèves pour leurs cours particuliers. Ils ne peuvent pas vivre autrement ! Les bâtiments scolaires servent à deux fournées d’élèves dans la journée. Une le matin et une l’après-midi. Au milieu de l’année, ils inversent. Cela n’empêche pas les classes de contenir 80 élèves qui ne peuvent pratiquement rien apprendre ! Bien sûr, il y a d’autres écoles, un peu plus chères (comme les Jésuites) et puis aussi des écoles de luxe inaccessibles bien entendu à la majorité !
Le système semble tenir le coup grâce à une politique de maintien de l’ordre particulièrement « efficace » pour ne pas dire musclée. Mais il faut reconnaître que le gouvernement est dans une position bien délicate. Les paysans souhaitent avoir des enfants qui seront autant d’aide pour cultiver les champs. S’ils acceptaient de réduire fortement leurs taux de fécondité, alors qui cultiverait ? (L’Egypte est essentiellement un pays agricole). Vaut-il mieux alphabétiser et courir le risque de perdre des terres (ce qui est le cas en bordure des villes) ? Les paysans sans terres deviennent vite de nouveaux habitants des villes, chômeurs qui plus est !. Le gouvernement semble réduit paraît-il à faire des lois qui ne sont jamais appliquées !

Je n’ai aucune prétention à apporter le moindre élément de réponse à ces problèmes d’autant que nous allons tous manger comme des rois à l’hôtel de luxe. Mireille s’offre une virée avec d’autres membres du groupe, en taxi, auto-tamponneuse, jusqu’au souk. L’ambiance est paraît-il bon enfant surtout en cette période de Ramadan. Moi, je m’endors en songeant que demain il y a les Pyramides et le musée du Caire.

Nous sommes déjà le vendredi 31 octobre. Tout va très vite, mais nous avons l’impression  d’être en Egypte depuis beaucoup plus de 6 jours. Ce qui est sûr, c’est que ce jour est le dernier ! Alexandra n’est plus là. Guilhem (9 ans) pourtant se montrera super attentif toute la journée. Les merveilles du musée du Caire  sont effectivement fascinantes. D’autant que nous apprenons que les Egyptiens avaient découvert le boomerang avant les Australiens. Qu’ils avaient quasiment inventé la péridurale (un masque « rigolo » accroché pour distraire la parturiente) et le déodorant (un petit récipient sur la tête, d’où coulait du parfum )!  

 Le masque de Toutankhamon


La seule trace de Khéops


Cette statue de Khéops ( 7 cm de haut) est la seule qui existe de ce pharaon qui a la plus haute pyramide. 
Elle a été trouvée sans tête. 
Les archéologues ont tamisé 1 km2 de sable pour la retrouver.

 Le restaurant qui suit est au pied des pyramides, et au pied des immeubles du Caire. Le site de Gizah va très certainement se faire encercler d’ici quelques années à moins qu’une loi …? Après un repas de poisson et d’aubergines grillées – tout le monde a compris que je les aimais !- nous nous élançons à l’assaut de la dernière merveille du monde. Bien sûr on a déjà vu ça mille fois dans les livres, à la télé ! Bien sûr il y a du monde, de la brume, bien sûr on n’a pas les même angles de photos que les pro qui prennent des hélicos, mais quand on s’arrête, qu’on regarde, ça donne un peu des frissons.

Les vendeurs de babioles font leur métier. Ils ont tous quelque chose de gratuit à vous donner  « parce que ça porte chance !» Ils ont tous 5 enfants à nourrir, et connaissent assez bien le cours de l’euro ! Certains peuvent aussi exagérer comme celui qui me demandait 2 euros pour une carte postale et un marque-page en bananier, mais cela fait partie du site ! Et même si l’ensemble peut paraître décevant au premier abord, (d’autant qu’il a fallu se presser, 5 minutes par ci pour une photo, pas plus de cinq minutes par là pour une autre pyramide… ! ) cela vaut la peine de venir ici et de songer à tous ces siècles qui vous …templent !

Et c’est sans parler du Sphynx que nous allons découvrir après une très rapide visite à la barque installée,  dans son « écrin », qui est une énorme bâtisse assez laide ! Cela vaut le coup aussi car l’engin est très impressionnant. Peut-être n’a-t-il jamais navigué ? Peut-être n’a-t il jamais servi que comme symbole, ce symbole si fréquent en Egypte, servant au passage du monde des vivants au monde des morts. 

Brume persistante sur le site de Gizah !

Et voilà, l’histoire touche à sa fin. Notre première rencontre avec l’Egypte a été forte. Jusqu’au départ : lever à une heure, décollage à 7 h !!! Et puis heureusement, l’accueil à Paris de Jacqueline, Hubert, Isabelle, Pascal et Michaël nous a permis de reprendre contact avec le sol français en douceur… Nous n’avons pas fait 7 fois le tour du scarabée de Louxor, je n’ai pas mis la main dans l’eau du Nil (ou si peu !), mais il est possible que l'Egypte me revoie quand même un jour...
La révolution de 2011 n'est bien sûr pas surprenante. Reste maintenant à savoir comment ce pays grandiose réussira à sortir du fossé qu'une poignée de dirigeants ont creusé depuis de longues années !

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les musiques ont été enregistrées à bord du bateau. Elles sont jouées par un groupe de musiciens nubiens.
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